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La sécurité économique des femmes au Canada. Mémoire. Mai 2017.

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Mémoire Afeas – PDF

Mémoire[1]présenté par l’Association féminine d’éducation et d’action sociale au Comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes du Canada

Introduction

Au nom de l’Afeas, je tiens à remercier le Comité permanent de la condition féminine de la Chambre des communes du Canada de nous avoir invitées à participer aux audiences en vue de l’étude sur la Sécurité économique des femmes au Canada.

Dans un premier temps, je vous présente brièvement l’Afeas. Dans un deuxième temps, je cible les deux grands axes à partir desquels mettre en place des solutions pour éviter que les Canadiennes soient pénalisées tout au long de leur vie sur le plan économique.

L’Afeas en bref

Organisme sans but lucratif fondé en 1966, l’Afeas regroupe 8 034 Québécoises qui travaillent bénévolement au sein de 225 groupes locaux répartis dans 11 régions.

Association féministe, dynamique et actuelle, elle donne une voix aux femmes pour défendre leurs droits et participer activement au développement des sociétés québécoise et canadienne. Grâce à l’éducation et l’action sociale, l’Afeas concoure à la construction d’une société fondée sur des valeurs de paix, d’égalité, d’équité, de justice, de respect et de solidarité.

Depuis sa fondation, l’égalité entre les femmes et les hommes dans toutes les sphères de la société demeure incontestablement le leitmotiv de l’Afeas. Conséquemment, elle travaille sur différents enjeux concernant les Québécoises et les Canadiennes, comme :

  • l’égalité entre les femmes et les hommes, dont l’accès des femmes aux instances démocratiques à tous les niveaux ;
  • la sécurité financière des femmes tout au long de leur vie professionnelle et au moment de leur retraite, entre autres grâce à la reconnaissance du travail non rémunéré des femmes au sein de la famille, comme mères et aidantes ;
  • l’accès à l’éducation et à la formation, à l’équité salariale, aux métiers non traditionnels et à des mesures de conciliation famille-travail-études ;
  • l’accès à des milieux de vie sécuritaires et à des mesures pour contrer la violence envers les filles et femmes.

La sécurité économique des femmes

Pour l’Afeas, afin d’assurer la sécurité économique des femmes, il faut à la fois prendre en compte le travail non rémunéré et le travail rémunéré des femmes canadiennes.

Du côté du travail non rémunéré, l’Afeas considère que la reconnaissance sociale et économique du travail des femmes au sein de la famille, comme mères et aidantes, est un incontournable pour les Canadiennes.

Du côté du travail rémunéré, l’Afeas considère que l’équité salariale, l’accès aux métiers non traditionnels comme les professions et métiers scientifiques et ceux de la construction et l’accès aux postes de haut niveaux et bien rémunérés sont les axes de travail essentiels pour assurer l’avenir des filles et femmes canadiennes dans le futur.

Le travail non rémunéré

Dès sa fondation en 1966, l’Afeas s’est questionné sur le travail des femmes au sein de la famille et des conséquences de sa non reconnaissance. Déjà lors de la Commission Bird, en 1968, l’Afeas présente son dossier sur les « femmes au foyer ».

Une de ses premières campagnes vise à faire reconnaître l’apport des femmes collaboratrices de leur mari dans l’entreprise familiale (ferme, commerce, bureau professionnel, etc.). En 1974, l’Afeas a gain de cause. Ces femmes reçoivent enfin salaire et avantages sociaux comme les employés de l’entreprise de leur mari.

D’autres campagnes ont suivi et des gains ont permis d’améliorer les conditions de vie des femmes québécoises et canadiennes.

Trente-cinq ans plus tard, le 1eravril 2001, l’Afeas crée la Journée du travail invisible. Dans le cadre de cette campagne annuelle, tenue le premier mardi d’avril, l’Afeas sensibilise le public et les décideurs à la valeur sociale et économique de ce travail. Pour l’Afeas, la reconnaissance de cette contribution au sein de la famille et de la communauté, combien essentielle pour nos sociétés, permet de mettre en place des mesures sociales et financières, et donc, d’éviter l’appauvrissement des femmes.

Le 6 avril 2010, à la demande de l’Afeas, la députée Nicole Demers a déposé une motion pour que le 1ermardi d’avril soit dorénavant reconnu comme la Journée nationale du travail non rémunéré. Cette motion, malgré son adoption, n’a pas été mise en vigueur depuis.

Voici quelques recommandations concernant le travail non rémunéré, dit « invisible ».

Pour reconnaître le travail non rémunéré

  • Que le Parlement canadien fasse du 1er mardi d’avril, la Journée nationale du travail non rémunéré, l’intègre au calendrier des journées nationales et la souligne chaque année.
  • Que Statistique Canada évalue et comptabilise la valeur du travail non rémunéré au Canadapour montrer son importance dans le Produit intérieur brut (PIB), et ce, à partir de l’Enquête sociale générale sur l’Emploi du temps 2015, évaluation qui n’a pas été fait depuis 1992 (25 ans).
  • Que Statistique Canada réintègre la question sur les activités à la maisondans le questionnaire long lors du recensement 2021, comme ce fut le cas en 1996, 2001 et 2006, et ce, afin de permettre aux personnes qui y répondent de prendre conscience de l’ampleur de ce travail dans leur vie quotidienne.

Pour analyser l’impact du travail non rémunéré

  • Que le gouvernement fédéral s’assure que toutes lois, politiques et programmes soient soumises à l’Analyse comparative selon les sexes (ADS)afin de mettre en lumière leurs impacts sur les femmes, notamment sur leur sécurité économique.

Pour favoriser la conciliation famille-travail-études

  • Que le gouvernement canadien adopte une politique de conciliation famille-travail-étudesapplicable dans toutes les sphères de la société, tant dans les institutions publiques que dans les entreprises privées qui relèvent du gouvernement fédéral.

Pour soutenir les rôles de mères et d’aidantes

  • Que le gouvernement canadien crée, avec les provinces et territoires, un régime d’assurance familialecouvrant les mères (pères) lors de la naissance ou l’adoption d’un enfant et les aidantes (aidants) lors d’une absence du travail pour donner des soins à un proche, en perte d’autonomie, handicapé ou malade. Chaque province ou territoire doit pouvoir s’en retirer, moyennant des ententes appropriées, comme ce fut le cas du Québec dans le cadre de l’assurance-emploi en 2006.
  • Que le gouvernement fédéral crée, avec les provinces et territoires, un programme national de garderie à coût modiquepour permettre aux femmes de retourner sur le marché du travail si tel est leur choix. Chaque province ou territoire doit pouvoir s’en retirer, moyennant des ententes appropriées, comme ce serait le cas pour le Québec qui a son propre service de garde.
  • Que le gouvernement canadien prévoit des crédits de rente de retraite, équivalents à 60% du salaire industriel moyen (SIM), pour la durée de la période dévouée à un jeune enfant ou à un proche, si la personne n’a aucun revenu d’emploi.
  • Que le gouvernement fédéral prévoit la transformation des crédits d’impôtnon remboursables pour les mères au foyer et les aidantes en crédits d’impôt remboursables.

Le travail rémunéré

Les femmes canadiennes sont entrées massivement sur le marché du travail vers la fin des années 60. Dès lors, les employeurs ont considéré leur apport à la famille comme complémentaire à celui de leur mari et, pour cela, leur ont donné un salaire moindre. Actuellement le salaire des femmes est encore généralement MOINDRE que celui des hommes, même pour un poste équivalent. Cette situation, le manque d’équité salariale pour de très nombreuses femmes, n’est pas sans impact sur leur sécurité économique, et ce, tout au long de leur vie. Elles subissent un impact négatif lorsqu’elles demandent des prestations de maternité, parentales ou de retraite, pour ne nommer que celles-là.

Prenons l’exemple suivant :MADAME X gagne 80% du salaire de MONSIEUR Y pour un poste équivalent. Lorsque MADAME X demande des prestations de maternité à l’assurance-chômage, elle reçoit 55% de son revenu. MAIS comme elle gagnait un salaire équivalent à 80% de celui de MONSIEUR Y, elle reçoit en fait 55% de 80% du revenu de travail de MONSIEUR Y. Elle a cette même perte lorsqu’elle demande ses prestations de retraite puisque toute sa vie professionnelle, elle a reçu 80% du salaire de MONSIEUR X. Comment récupérer cette perte?

Par ailleurs, malgré la présence de nombreuses femmes dans les programmes de formation, elles sont toujours sous représentées dans les programmes à caractères scientifiques et dans les métiers traditionnellement masculins. De plus, elles sont peu nombreuses à obtenir des postes de haut niveau et des postes bien rémunérés, que ce soit dans le secteur privé comme public.

L’Afeas vous présente ici quelques recommandations concernant le travail rémunéré.

Pour contrer l’iniquité salariale

  • Que le gouvernement fédéral adopte une loi proactive sur l’équité salariale, et ce, dans son champ de compétence.
  • Que le gouvernement fédéral s’assure de l’application de cette loi, toujours dans son champ de compétence.
  • Que le gouvernement fédéral avec le Comité permanent de la condition féminine étudie des scénarios pour rétablir le déséquilibre entre les femmes et les hommesactuellement sur le marché du travail pour que les Canadiennes cessent de subir ce déséquilibre durant leurs années professionnelles et au moment de leur retraite, et ce, dès maintenant.
La version écrite en français fait foi de la position de l’Afeas.
La traduction et la reproduction totale ou partielle de la présente publication à des fins non commerciales

sont autorisées à la condition d’en mentionner la source complète.

Afeas : 5999, rue de Marseille, Montréal, Québec, H1N 1K6

514 251.1636 – info@afeas.qc.cawww.afeas.qc.ca

Rédaction : Hélène Cornellier, Consultante en communication, Responsable des dossiers pour l’Afeas

 

[1]La version écrite en français fait foi de la position de l’Afeas.

Brief[1]submitted by the Association féminine d’éducation et d’action sociale(Afeas) to the Canadian House of Commons Standing Committee on the Status of Women

Introduction

On behalf of Afeas, I want to thank the House of Commons Standing Committee on the Status of Women for inviting us to participate in the hearings related to its study of the economic security of women in Canada.

First, I will give you a brief overview of Afeas, and then I will talk about the two main areas that the government should focus on when implementing solutions to prevent Canadian women from being at an economic disadvantage their entire lives.

A bit about Afeas

Afeas is a non-profit organization that was founded in 1966. It represents 8,034 Quebec women who work as volunteers in 225 local groups located in 11 regions.

Afeas is a dynamic, cutting-edge, feminist organization that gives a voice to women to help them stand up for their rights and actively participate in the development of Quebec and Canadian society. Through education and social action, Afeas is helping to build a society based on such values as peace, equality, fairness, justice, respect, and solidarity.

Since its beginning, Afeas has been striving toward gender equality in every sphere of society. That is the organization’s main goal, and as a result, it works on various issues affecting women in Quebec and Canada, such as:

  • Gender equality, including women’s ability to access democratic institutions at all levels;
  • Financial security of women throughout their career and after they retire including the recognition of the unpaid work women do within the family as mothers and caregivers;
  • Access to education and training, pay equity, non-traditional jobs, and measures to support a family, school and work-life balance;
  • Access to safe living environments and measures to address violence against women and girls.

The economic security of women

Afeas believes that both the paid and unpaid work of Canadian women must be taken into account in order to ensure their economic security.

With regard to unpaid work, Afeas believes that it is essential for Canadian women that they be given social and economic recognition for the work they do within the family as mothers and caregivers.

With regard to paid work, Afeas believes that pay equity, access to non-traditional jobs (for example, professions and trades in the field of science or in the construction industry), and access to high-level, high-paying jobs are essential to building a future for Canadian women and girls.

Unpaid work

Since 1966, Afeas has been considering what impact the lack of recognition for women’s work has on our society. In 1968, Afeas presented the information it collected on “homemakers” to the Bird Commission.

One of Afeas’ first campaigns sought recognition for the contributions women make to family businesses run by their husbands (farms, businesses, professional offices, etc.). In 1974, Afeas succeeded. These women were finally given compensation and benefits just like the other people employed by their husbands’ businesses.

Other campaigns followed and progress was made toward improving the living conditions of women in Quebec and Canada.

Some 35 years later, on April 1, 2001, Afeas created Invisible Work Day. As part of this annual campaign, which is held on the first Tuesday in April, Afeas educates the public and decision makers about the social and economic value of invisible work. Afeas believes that, if the contributions that women make within the family and community, which are essential to our society, were recognized, then social and financial measures could be implemented that would prevent women from living in poverty.

On April 6, 2010, at the request of Afeas, MP Nicole Demers moved a motion to make the first Tuesday in April national unpaid work day. Although this motion was adopted, no action has yet been taken to implement it.

Here are a few recommendations concerning unpaid or invisible work.

To recognize unpaid work

  • The Government of Canada should make the first Tuesday in April a National Unpaid Work Day, add it to the calendar of national days and acknowledge it every year.
  • Statistics Canada should assess and calculate the value of unpaid work in Canada to show how important it is to the gross domestic product (GDP) using the 2015 General Social Survey on Time Use. This calculation has not been done for 25 years, since 1992.
  • Statistics Canada should make sure that the question regarding household activities is included in the 2021 long-form census, as it was in 1996, 2001 and 2006, so that the people responding to it are aware of how much of that type of work they do every day.

To analyze the impact of unpaid work

  • The federal government should ensure that all laws, policies and programs undergo gender-based analysis (GBA) in order to determine how they will affect women, particularly their economic security.

To improve work-school-life balance

  • The Government of Canada should adopt a policy on family, school, work-life balance that applies to all spheres of society, including public institutions and private businesses under federal jurisdiction.

To support the roles of mothers and caregivers

  • The Government of Canada should work with the provinces and territories to create a family insurance plan that would cover mothers (fathers) when a child is born or adopted and caregivers when they have to take time off work to care for a loved one who is sick, has a disability, or is losing his or her autonomy. Every province and territory must have the option of opting out of the plan, under the appropriate agreements, as Quebec did with Employment Insurance in 2006.
  • The federal government should work with the provinces and territories to create a national child-care program to give women access to affordable child care and allow them to return to the labour market, if they so desire. Every province and territory must have the option of opting out of this program, under the appropriate agreements, which Quebec would do because it has its own children care program.
  • The Government of Canada should provide retirement benefit credits equivalent to 60% of the average industrial wage (AIW) for the period an individual spent caring for a young child or loved one, if that person does not have any employment income.
  • The federal government should turn non-refundable tax credits for stay-at-home mothers and caregivers into refundable tax credits.

Paid work

There was a major influx of Canadian women into the labour force in the late 1960s. At that time, employers considered these women’s contributions to the family as complementary to those of their husbands and therefore paid them less. Still today, women generally continue to earn less than men, even for the same work. This lack of pay equity affects many women and has an impact on their economic security throughout their lives. They are negatively affected when they claim benefits, such as maternity, parental or retirement benefits.

Consider the following example:Ms. X earns 80% of the salary that Mr. Y earns for the same job. Ms. X request employment insurance maternity benefits and receives 55% of her income. However, since she was already earning a salary equivalent to only 80% of Mr. Y’s salary, she is actually receiving 55% of 80% of Mr. Y’s income. She experiences the same sort of loss when she claims retirement benefits because she was receiving 80% of Mr. Y’s salary throughout her entire career. How can she recover that loss?

Despite the fact that many women attend training programs, they are still under-represented in science programs and traditional male jobs. What is more, very few of them hold high-level, high-paying positions in the public or private sector.

Here are a few recommendations regarding paid work.

To address pay inequity

  • The federal government should pass a proactive law on pay equity within its jurisdiction.
  • The federal government should ensure that this law is enforced within its jurisdiction.
  • The federal government, with the help of the Standing Committee on the Status of Women, should look into how to correct the imbalances between the men and women who are currently in the labour force so that they can be corrected right away and so that Canadian women do not have to deal with the negative impact of these imbalances throughout their careers and in retirement.
The French version of this document reflects Afeas’ position.
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514-251-1636 – info@afeas.qc.cawww.afeas.qc.ca

Author: Hélène Cornellier, Communications consultant, Lead on Afeas files

 

[1]The French version of this document reflects Afeas’ position.