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Harcèlement de rue

harcèlement de rue

Une femme se filme déambulant dans les rues de New York pendant 10 heures. Elle se fait accoster, crier des noms, suivre, siffler… 100 fois. Êtes-vous surpris? Si oui, vous êtes un homme.

 

Un quotidien stressant

La vidéo a fait le tour du web l’an dernier. « C’est ça, le harcèlement de rue! », clame Hollaback!, une organisation planétaire fondée à New York en 2005 qui documente et qui combat le harcèlement de rue, cette pratique sexiste qui consiste à faire des commentaires humiliants aux femmes sur l’espace public.

 

Montréal, métropole d’une société qu’on dit souvent parmi les plus égalitaires du monde, a-t-elle un problème de harcèlement de rue? « Il n’y a aucun endroit où cette culture n’est pas normalisée ou acceptée socialement », tranche Catherine Cormier de Hollaback! Montréal.

 

Selon des recherches effectuées par La Presse, personne ne dispose de données chiffrées concernant spécifiquement le harcèlement de rue, pas même le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

 

Une analyse de l’Institut de la statistique du Québec (2009) révèle que les Québécoises sont moins nombreuses que les Canadiennes à déterminer leur trajet en fonction de la sécurité (33,3 % contre 54,5 %). Elles sont aussi moindres à prendre un taxi, la voiture ou les transports en commun pour éviter de marcher (40,5 % contre 44,7 %). Peut-on affirmer que les Québécoises se sentent plus en sécurité que les Canadiennes en général? Il est difficile de le dire.

 

Selon une étude datant de l’an 2000 citée par Stop Street Harassment (Arrêtons le harcèlement de rue), 80 % des Canadiennes auraient subi une forme ou une autre de harcèlement sexuel dans l’espace public.

 

Une contagion planétaire

Bien que le harcèlement de rue soit de plus en plus dénoncé sur les réseaux sociaux et pointé du doigt dans des campagnes de sensibilisation, il reste un fléau que la majorité des femmes subissent au quotidien. Selon certaines données, entre 70 et 90 % des femmes dans le monde sont régulièrement confrontées aux remarques dégradantes et aux regards insistants de certains hommes.

 

Le site Medium a demandé à 10 femmes de huit pays différents de tenir un journal afin de détailler les actions non désirées des hommes envers elles pendant une semaine. Les attaques les plus fréquentes sont les regards vicieux en direction de leur sourire, de leurs fesses ou de leur poitrine, généralement accompagnés d’une remarque telle que « Je peux avoir un sourire? », comme si ce geste était dû à celui qui le demande. Les témoignages révèlent aussi que ces hommes siffleurs osent bien plus aborder les femmes lorsqu’elles sont seules.

 

Machisme ordinaire

Regards appuyés, sifflements, propos obscènes et insultes sont le lot quotidien de trop de femmes. Sommes-nous bien protégées en tant que femmes au Québec? Est-ce que les comportements non désirés à connotation sexuelle, sous forme verbale, non verbale ou physique, avec pour but ou pour effet de violer la dignité d’une personne ou qui créent un environnement intimidant, hostile ou dégradant sont facile à dénoncer? Voilà une longue phrase difficile à lire. Et si on appelait la police chaque fois qu’un homme nous siffle dans la rue?

 

Suis-je habillée trop sexy?

Selon Sofie Peeters, réalisatrice du documentaire belge Femme de la rue sorti en 2012, se remettre en question et à se demander si c’est elle qui est trop provocante est la première question que les femmes se posent.

 

Dans un article paru en 2012 sur le site de Radio-Canada, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) disait que le phénomène que décrit Sofie Peeters « n’est pas documenté ». « Le harcèlement de rue n’est pas discuté de manière formelle », expliquait la présidente de l’époque de la FFQ, Alexa Conradi. Soit parce que ce n’est pas un phénomène ici, soit parce que parmi tous les enjeux liés à l’égalité homme femme « ce sujet n’est pas priorisé ». Des propos qui grincent à nos oreilles aujourd’hui.

 

Dénoncer

Tolérer le harcèlement de rue entretient le sentiment que celle-ci est un espace masculin et que les femmes ne peuvent y circuler librement et de manière sûre. Il est, malheureusement, une pratique bien ancrée dans nos quotidiens. Le site de Hollaback! suggère de dire exactement au harceleur ce qu’on veut « arrêtez de me parler ». Il propose aussi, si on se trouve au milieu d’une foule, de le désigner et de parler fort : « Vous, avec la chemise bleue, arrêtez de me dire ces choses ». Finalement, s’il travaille pour une entreprise, il conseille de noter l’endroit du harcèlement accompagné d’une description ou photo et de le dénoncer à son employeur. Faisons-le toutes!

 

 

 

Texte originalement publié dans la revue Femmes d’ici printemps 2016

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