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Journée du travail invisible : quels sont les gestes à poser par le gouvernement canadien?

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L’Afeas célèbre son 50e anniversaire de fondation, le 22 septembre 1966, cette année. Dès sa fondation, l’Afeas s’est questionné sur le travail des femmes au sein de la famille, de l’entreprise familiale et des conséquences de sa non-reconnaissance. Déjà lors de la Commission Bird, en 1968, l’Afeas présente son dossier sur les «femmes au foyer». Une de ses premières campagnes est celle pour faire reconnaitre l’apport des femmes collaboratrices de leur mari dans une entreprise à but lucratif (ferme, commerce, bureau professionnel…). En 1974, elles ont gain de cause et les femmes peuvent avoir un salaire et des avantages sociaux comme tous les employés dans l’entreprise de leur mari.

Trente-cinq ans plus tard, le 1er avril 2001, à défaut d’être formellement reconnu par les gouvernements, le travail non rémunéré, dit «invisible», a dorénavant sa «Journée», soit le premier mardi d’avril de chaque année. Par cette initiative, l’Afeas (Association féminine d’éducation et d’action sociale) veut sensibiliser le public à la valeur sociale et économique de ce travail, non reconnu parce que non comptabilisé dans les comptes nationaux. La reconnaissance de cette contribution auprès de la famille et de la communauté, essentielle pour nos sociétés, permet de mettre en place des mesures sociales et financières.

En avril 2001, les données rendues publiques par la ministre canadienne de la Condition féminine révèlent que les femmes travaillent 1,75 heure de plus par semaine que les hommes. Cet écart augmente si on compare le travail rémunéré et non rémunéré. Par exemple, dans une famille à deux soutiens financiers et ayant de jeunes enfants, les femmes de 20 à 44 ans consacrent en moyenne 72 % plus de temps aux soins des enfants que les hommes.

Lors du lancement de cette campagne en 2001, la présidente provinciale, madame Huguette Labrecque, dit que : «l’Afeas s’occupe de ce dossier depuis plus de 30 ans, affirme la présidente provinciale. Aujourd’hui, on parle beaucoup de conciliation travail-famille, d’assurance parentale ou d’allocation familiale, de mesures d’aide pour les aidantes et aidants dits “naturels”. Mais toutes ces questions ont un point commun : la non-reconnaissance de l’importance et de la valeur du travail invisible. C’est pourquoi nous avons décidé de relancer le débat».

Comptabiliser la participation des femmes à la société canadienne

Pour l’Afeas, comptabiliser ce travail et ajouter sa valeur au PIB, c’est le rendre visible et faire preuve d’équité envers les femmes qui en assument la majeure partie. Il s’agit aussi d’une première étape vers la mise en place de mesures sociales et économiques, pour les parents comme pour les aidantes et aidants. Enfin c’est, surtout, enrayer la pauvreté en assurant la sécurité financière des femmes et des hommes qui l’accomplissent et, pour plusieurs, à temps plein.

En 1992, la valeur du travail invisible, non rémunéré, représentait entre 34 % et 54 % du Produit intérieur brut (PIB) canadien, soit entre 235 et 374 milliards de dollars.

Depuis, le gouvernement du Canada n’a plus comptabilisé la valeur du travail non rémunéré des femmes et des hommes au sein de la famille. Il est temps que cela soit fait, le Canada étant un des signataires des ententes internationales à cet effet depuis les années 1985, à Nairobi.

«L’entente reconnait l’importance d’améliorer la façon de mesurer et d’évaluer le travail non rémunéré. On y prévoit la mise en place de mécanismes propres à favoriser la promotion de femmes, à mesurer quantitativement le travail non rémunéré des femmes exclus des comptes nationaux, à améliorer les méthodes qui traduiront sa valeur par des comptes distincts, mais compatibles avec les comptes nationaux. Le Canada a activement contribué à ces résultats». (Feuillet Regard sur Beijing – 4 au 15 septembre 1995).

Maintenant en 2017, des gestes à poser par le gouvernement canadien

1. Reconnaitre officiellement le 1er mardi d’avril comme JOURNÉE NATIONALE DU TRAVAIL NON RÉMUNÉRÉ, DIT «INVISIBLE, tel qu’adopté lors du vote sur la motion déposée par madame la députée Nicole Demers, le 6 avril 2010. L’Afeas demande que la Journée nationale du travail non rémunéré, le 1er mardi d’avril, soit intégrée au calendrier canadien des journées nationales et soulignée chaque année.

2. L’Enquête sociale générale sur l’Emploi du temps 2015 devrait nous donner une idée assez claire du travail non rémunéré au sein des familles au Canada. L’Afeas demande que Statistique Canada comptabilise cette valeur pour montrer son important dans le Produit national brut (PNB), ce qui n’ pas été fait depuis 1992 (25 ans).

3. Par ailleurs, la question 33 des recensements de 1996, 2001 et 2006 n’a pas été reprise en 2011 ni en 2016. Bien que ce ne soit pas la meilleure façon d’évaluer les heures que les Canadiennes et les Canadiens passent à aider dans la famille, cette question rend visible ce travail et permet aux personnes qui répondent de prendre conscience de ce travail dans leur vie. L’Afeas souhaite que cette question sur les activités à la maison soit réintégrée au prochain questionnaire long du recensement.

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