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Réponse à une anti-féministe

réponse anti féministe

« L’iniquité salariale est un mythe poussé de lavant par les féministes de troisième vague, celles qui n’aiment pas du tout regarder les chiffres et se faire contredire ».

 

Oui, croyez-le ou non, c’est ce qu’une femme m’a dit aujourd’hui. Nous, « les féministes », on s’invente des problèmes… On joue à la victime. Pourquoi cette persistante intolérance vis-à-vis du mouvement féministe ? Pourquoi des femmes et des hommes refusent d’assumer ce terme (même lorsqu’ils partagent ses idéaux!) ? Plus je parle de féminisme, plus je comprends que lutter pour les droits des femmes est pour beaucoup synonyme de haine vis-à-vis des hommes. Et c’est malheureux.

 

Enfin. Pour revenir à nos moutons : l’iniquité salariale… c’est un mythe ? Bien sûr que non ! En 2014, les femmes gagnaient en moyenne 75 % du revenu des hommes. Ensuite, de dire qu’on ne regarde pas les chiffres est totalement faux. Mais mon interlocutrice est allée encore plus loin :

 

« Les femmes choisissent des emplois dans des domaines moins rémunérés comme léducation, les services sociaux, etc. Elles le font par choix. Elles gagnent alors moins que les hommes qui ont tendance à choisir des domaines mieux rémunérés, comme les sciences, la technologie, ingénierie, la médecine, encore une fois, par choix. »  (Notez que c’est plutôt le contraire: les femmes sont majoritaires en médecine et en droit, par exemple, mais elles ne le sont pas dans la profession, et encore moins dans les spécialités. La preuve que c’est plutôt mon interlocutrice qui ne regarde pas les chiffres…)

 

Des chiffres? Je vous en donnerai plusieurs. Mais d’abord…

 

 

La notion de choix

La notion de « choix » comme le disait mon interlocutrice, n’est pas juste. Les femmes effectuent la majorité du travail invisible, comme les tâches domestiques, les soins aux enfants, aux parents ou aux proches, et 78 % des familles monoparentales ont une femme à leur tête au Québec. Je ne dis pas que toutes les travailleuses de l’éducation, par exemple, n’ont pas fait le choix de leur carrière. Par contre, dire que toutes les femmes ont une chance égale aux hommes de choisir leur carrière n’est pas vrai non plus.

 

 

Les obstacles à l’entrée

Les hommes ne rencontrent pas d’obstacles ou de discrimination systémique qui freinent leur accès aux domaines d’emploi traditionnellement féminin. Par contre, des obstacles, il y en a plusieurs pour les femmes : préjugés entretenus par les hommes (et même les femmes) comme quoi « les femmes sont plus faibles ». Mon interlocutrice est même allée jusqu’à dire que les femmes sont moins carriéristes, ce qui est un énorme préjugé. La pauvreté, l’image personnelle, l’équilibre travail-famille, le congé de maternité… ce ne sont que quelques exemples qui freinent leur entrée sur le marché du travail, ou leur accès à des postes de haut niveau.

 

Pas seulement une question de salaire

Rappelons que les immigrantes, même lorsque très scolarisées, sont moins nombreuses à intégrer le marché du travail. En 2006, 55 % des femmes issues des minorités visibles occupaient un emploi, alors que cette proportion était de 67 % chez les hommes. Les métiers dits traditionnellement féminins sont moins payés que les métiers dits traditionnellement masculins.Et il convient ici de se questionner sur la valeur accordée au travail : pourquoi un emploi physique est-il perçu comme ayant une plus grande valeur? Et il n’est pas seulement question de salaire. On parle d’accessibilité, de promotion, de tâches, de prise de décisions.

Oui, il y a des avancées. Par contre, les femmes continuent d’occuper des postes moins prestigieux, de moins haut niveau, donc moins bien rémunéré. Si les hommes peuvent travailler fort pour leur carrière, c’est souvent parce que les femmes vont chercher les enfants à la garderie et préparent le souper. Le temps supplémentaire ? On repassera, pour plusieurs. Pour preuve, les responsabilités familiales sont rarement évoquées chez les hommes lorsqu’il est question de travail à temps partiel.

Voici quelques chiffres encore :

  • 41,2 % des femmes qui n’ont pas terminé leurs études secondaires touchent un revenu d’emploi inférieur à 20 000, bien qu’elles travaillent à temps plein toute l’année, ce qui est le cas pour 24,9 % des hommes dans la même situation. (Conseil du statut de la femme, 2013)
  • Peu importe le niveau d’étude, les femmes touchent, à leur entrée sur le marché du travail, un salaire hebdomadaire brut inférieur à celui des hommes, soit en moyenne 75 % du revenu d’emploi des hommes. (CSF, 2013)

Je continue.

  • Toujours à leur entrée sur le marché du travail, les diplômées du baccalauréat gagnent en moyenne 88 % du salaire des hommes et 90 % au niveau de la maitrise.

Vous voulez des chiffres ?

  • C’est 115 $ par semaine au baccalauréat et 123 $ par semaine à la maitrise. Ça en fait, du travail à rattraper. Ce retard suivra les femmes toute leur vie.
  • Les femmes sont plus nombreuses (24,4 %) à occuper un emploi à temps partiel que les hommes (11,8 %). (CSF2013)

Bref, les « féministes de 3e vague », comme mon interlocutrice m’appelait, regardent les chiffres.

 

Revoir les rôles

Avez-vous déjà entendu un homme revendiquer son droit de père pour un meilleur partage du travail domestique ? Ou pour l’aide aux proches ? Je pense que les rôles doivent être revus si on veut parler d’égalité atteinte. Les femmes consacrent près du double de temps au travail domestique que les hommes et cela s’accentue si elles ont un conjoint et des enfants. Pour les hommes, drôlement, c’est l’inverse. Ils font moins de tâches domestiques lorsqu’ils ont une conjointe et des enfants.

Malheureusement, pour plusieurs femmes, la carrière est loin d’être une question de simple « choix ».

 

 

Je tiens à remercier Marie-Ève Surprenant, auteure du livre Manuel de résistance féministe, qui m’a permis de bien répondre aux attaques anti-féministes. (Évidemment, une féministe doit toujours se justifier…) D’ailleurs, il y a eu d’autres attaques de la part de mon interlocutrice. Je vous en parle dans un prochain article… ;)

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